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Badiadji Horretowdo revisite les indépendances africaines

vendredi 25 février 2011


C’était lors de la conférence dédicace de la deuxième publication de cet auteur, le prince de Djenkana, qui a eu lieu au centre culturel Français Blaise Cendras à Douala mercredi dernier, 23 février 2011.

Cinquante ans après les indépendances africaines, il ne pouvait pas avoir meilleur prétexte que cette conférence dédicace. Cela dit, le public qui a effectué le déplacement du centre culturel français Blaise Cendras, mercredi 23 février en a eu pour son compte. L’auteur Badiadji Horretowdo et le modérateur de ce rendez-vous, ont su aiguiser l’appétit des amoureux des lettres venus très nombreux. Les invités et autres curieux ont eu droit à des échanges francs et enlevés. C’est dire si la thématique de la colonisation draine encore les passions. D’où l’intérêt du sujet. D’entrée de jeu, l’auteur donnera les motivations et les raisons de la parturition de cette œuvre. Il s’agit « pour moi, de jeter un regard contemporain sur les sociétés africaines. De dénoncer les réalités malheureuses qui sont les leurs, sous un prisme assez flexible qui est le genre romanesque » relève-t-il. Si l’auteur, ingénieur de formation, ne se passe pas pour un « historien », il affirme cependant s’être entouré des exigences intellectuelles et scientifiques nécessaires pour des exercices aussi sensibles que la colonisation.

Sous le joug

Mais pourquoi avoir choisi le genre romanesque pour faire le procès de la colonisation au risque d’édulcorer la quintessence de sa production littéraire ? Badiadji Horretowdo est, imperturbable : « Par le truchement du style romancier, je m’approprie l’histoire tout en restant authentique dans les faits ». Mieux encore, même avec le genre romanesque, l’auteur dit pouvoir « faire un plaidoyer sur la tolérance et l’humanisme et de jouer sur la sensibilité du lecteur afin que celui-ci puisse établir un lien intime entre l’ouvrage et lui. ». En effet, le prince de Djenkana dénonce un mal : la trahison. Il part d’un constat, « l’épopée coloniale engage la responsabilité de toutes les parties impliquées dans ce processus ». A l’instar de l’empire Walinga où se déroule l’intrigue, le peuple soumis à la férule du colon, entend s’émanciper. Il est stoppé dans son élan par une trahison. Un des leurs (un notable) va trahir la communauté. Ce traître, débusqué, sera lynché. Mais le colon qui n’entend pas s’arrêter là, encadre son fils. Ce dernier, formé et moulé à l’école du « blanc », sera à son retour positionné par ses parrains comme président de la nouvelle république, désormais « indépendante ». A travers ce récit imaginaire, l’auteur, en filigrane, met l’Africain devant ses responsabilités. Car c’est l’Africain qui a « trahi » sa communauté, donc responsable de sa turpitude. Cet acte apparemment anodin, dira l’ingénieur passionné de lettres, est « lourd de portée et de conséquences » pour les générations futures que nous sommes ».

Heureusement, la cause n’est pas entendue pour le prince de Djenkana. Pour sortir de la domination occidentale et connaître une réelle indépendance, l’Africain, et particulièrement le Camerounais, doit prendre conscience, faire preuve de bon sens et être actif. Le Camerounais doit « agir et s’approprier sa culture de plus en plus jetée en pâture pour être remplacée par une autre qui lui échappe et dont on ne maîtrise ni les tenants ni les aboutissants ». Sévère, pourrait-on dire ! Même si l’auteur admet avec les critiques présents au ccf Blaise Cendras, que la colonisation n’est pas un sujet nouveau, il pense tout de même que « aussi longtemps que les peuples d’Afrique seront sous le joug de l’occident et sans une moindre mesure de l’orient, ce sujet sera toujours d’actualité, il ne saurait être dépassé », tranche-t-il.

Par Jacques Willy NTOUAL(Le Messager)


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