Gérard Dreyfus :« C’est pas normal qu’en Afrique, le public boude les stades lors de la Can »
vendredi 10 février 2012
Vétéran de journalisme de sport, ancien chef service sport de Rfi, il analyse le déroulement de la Can 2012.
Vous avez couvert une vingtaine de phase finale de coupe d’Afrique des nations. Vous êtes à Libreville pour la 28 e édition. Qu’est ce qui vous a particulièrement marqué dans cette Can ?
Le nivellement des valeurs. Je pense que personne, jusqu’à présent, ne nous a démontré qu’il était très au dessus du lot. C’est la raison pour laquelle on a assisté à quelques surprises. Je pense notamment à la qualification de la Guinée Equatoriale et du Soudan pour les quarts de finale. Ils ont montré un enthousiasme, très sympathique. Et pour moi, les deux équipes qui m’ont fait le plus juste plaisir en tant spectateur, ont été le Gabon et la Guinée Conakry. Je pense que ce sont les deux équipes qui se sont le plus employées tout au long de cette compétition et j’ai été déçu qu’elles ne puissent pas aller plus loin dans le tournoi.
Déjà 17 phases finales de coupe d’Afrique des nations que vous vivez en direct. Auriez-vous noté un manquement dans l’organisation dans cette édition 2012 ?
Je crois que, année après année, on réalise de véritables progrès. Il est toujours facile de critiquer, mais là, je crois que les organisateurs ont fait des efforts considérables. Il est certain qu’ils manquent d’expérience, mais je crois qu’ils sont arrivés à un très haut niveau d’organisation et c’est formidable. C’est une bonne chose pour l’Afrique centrale qui, depuis 72, au Cameroun, n’a plus vécu cette fête.
Nivellement des valeurs, des scores intéressants. Finalement, on en revient à oublier l’absence des grands comme le Cameroun, l’Egypte ou le Nigeria ?
On parle toujours des absents. J’ai envie qu’on parle des présents, des équipes qui se sont qualifiées sur le terrain. Si le Cameroun par exemple est absent, c’est parce qu’il n’a pas réussi son pari. N’en faisons pas un drame. Je pense que pour une sélection comme celle du Cameroun, le plus important aujourd’hui est d’être présent à la prochaine coupe du monde…
Pour revenir à la Can , il y a cette problématique des stades vides quand le pays organisateur ne joue pas. C’est quoi la cause ?
Ce n’est pas une problématique qui soit propre au Gabon et à la Guinée Equatoriale. Alors, je ne comprends pas le public africain. Il s’extasie devant les prouesses d’un Drogba quand il joue à Chelsea, mais, il ne se précipite pas au stade pour le voir en chair et en os quand il en a la possibilité pendant la Can. Ce n’est pas normal ! Ce n’est pas nouveau aussi. Je pense que le gros défaut de l’Afrique est que le public ne suit que son équipe. Il ne s’intéresse qu’à son équipe. On se préoccupe plus de ce qui se passe dans le championnat d’Angleterre, de France, d’Italie, d’Espagne ; on suit les joueurs du Cameroun, de la Cote d’Ivoire, du Gabon etc… quand ils sont dans ces grands championnats européens. Et une fois en Afrique, ils ne drainent pas de foule dans les stades. Il y a un problème. Ce n’est pas normal qu’en Afrique, le public boude les stades lors de la Can. Mais peut être est-ce un problème d’éducation à la base. Je crois qu’il faut que l’Afrique s’ouvre davantage à sa propre production. Il faut que les Africains, d’une manière générale, se fassent davantage confiance. Ils ont d’énormes ressources, de grandes équipes, mais il faut venir au stade pour les voir. Je ne sais pas comment résoudre ce problème, on a toujours été confronté à cela…
Propos recueillis par Nana P.S à Libreville(Nouvelle Expression)











