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La polygamie mise à nu dans un roman

jeudi 28 avril 2011


“Walaande : l’art de partager un mari”, la publication parue aux éditions Ifrikiya en octobre 2010, porte l’estampille de Djaïli Amadou Amal.

Une synonymie qui pourrait désorienter le lecteur du roman intitulé “Walaande : l’art de partager un mari” de Djaïli Amadou Amal, paru en octobre 2010 aux éditions Ifrikiya. C’est que l’un des personnages de cette parturition romanesque, Djaïli, a le même prénom que l’auteure de l’ouvrage. De là à conclure que la production, la première de cette jeune écrivaine, est une autobiographie, il n’y a qu’un pas que l’on pourrait franchir par naïveté. Pourtant des parallèles existent bel et bien entre les deux. Djaïli du roman dont l’histoire s’inspire des faits réels vécus par l’auteur via des expériences par personnes interposées, est un personnage fictif. Frustrée pour n’avoir pas goûté aux délices d’une aventure scolaire, trahie par son jules polygame (Haladji Oumarou, richissime hommes d’affaires) qui s’est permis d’épouser une autre femme alors que Djaïli croyait avoir fermé la liste des épouses, Djaïli, une des épouses entretient des rapports houleux avec ses coépouses, malgré le retour à de meilleurs sentiments à la fin du récit.

Toutes choses qui n’ont aucune commune mesure avec Djaïli, prénom d’une romancière, jeune louve aux dents longues dans l’univers restreint des belles lettres. Un lien cependant avec son passé. “Je suis née, j’ai grandi à Maroua où j’ai subi des pressions comme toutes les jeunes filles scolarisées, des demandes en mariage à la pelle, et autres. Ecrire Walaande a été quelque part un exutoire. A la vérité, c’est une production qui n’a rien d’autobiographique”, note-t-elle. Notre auteure, pour trancher avec son personnage, est plutôt une intello qui a fait des études en gestion commerciale et travaille dans un cabinet qui s’occupe des questions de sécurité, de maintenance et de qualité, avec son époux d’écrivain. Djaïli Amadou Amal, est l’une des rares, sinon la première femme dans l’aire socioculturelle peuhle, à s’exercer dans l’écriture. Diantre ! Qu’est-ce qui l’y a poussée ? Djaïli Amadou Amal ne met pas de gants : “l’écriture est un besoin. Celui de m’exprimer. La littérature pour moi est l’expression des convictions profondes car je crois à une littérature engagée, vectrice du développement social, économique et culturel. Depuis ma tendre enfance j’écris des poèmes, je fais de la prose…L’écriture est innée. C’est un don de Allah”.

500 exemplaires vendus

Sans surprise, les thèmes développés par la romancière sont en droite ligne du regard qu’elle pose sur la société en général. “Je dénonce un certain nombre de travers au même moment que j’essaye de valoriser la culture peuhle, prône le respect de la dignité humaine, la pudeur” soutient-elle. Au rang des vices qu’elle décrie avec force arguments dans son ouvrage, l’on retient entre autres, le mariage précoce et forcé, l’éducation de la jeune fille, la violence faite aux femmes, la polygamie déclinée comme une pratique sociale qui existe avec des conséquences parfois irréparables, même si Djaïli Amadou Amal s’interdit d’adopter une posture pour ou contre. “Walaande : l’art de partager un mari”, est un roman de 134 pages à la lecture facile et digeste. Une dizaine de chapitres qui sont en réalité, des tranches de vie dans la concession de Haladji Oumarou, personnage central, polygame, musulman pratiquant, richissime commerçant qui dirige sa résidence d’une main de fer et manage ses épouses selon son bon vouloir, idem pour sa progéniture à qui il impose ses vues et décident de leur avenir, malgré les jérémiades récurrentes et pas prises en compte par un père de famille aux nerfs à fleur de peau. Toutefois, Walaande, en fulfulde, renvoie à une soirée pendant laquelle chaque épouse passe la nuit avec le mari. D’où le sous-titre “l’art de partager un mari”

“Walaande : l’art de partager un mari” dédié à la gent féminine, destiné à tous les hommes afin qu’ils comprennent le calvaire que vivent certaines femmes et changent de fusil d’épaule. Nul doute que c’est la raison de la mobilisation du public derrière cette publication dont les cérémonies de dédicace ont attiré grand monde aussi bien à Maroua, Garoua qu’à Yaoundé récemment. Conséquence, le livre s’est arraché comme des petits pains. 500 exemplaires déjà dans les chaumières. Autant reconnaître la pertinence d’un travail littéraire qui mérite d’être salué à sa juste valeur. Loin de la gargariser, le franc succès de cette production artistique, pousse Djaïli Amadou Amal à cravacher dur. Elle annonce d’ailleurs que son deuxième roman est en chantier en dehors des nombreux manuscrits que sa tendre moitié possède. Rendez-vous en librairie en 2012 pour le prochain jet éditorial.

Par Alain NJIPOU(Le Messager)


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