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Lettres ouvertes : Marafa, acte III, scène III

jeudi 24 mai 2012


Du fond de sa cellule, l’ancien ministre d’Etat déroule sereinement sa stratégie politique, à la barbe d’un pouvoir à court de réaction.

Une première lettre pour démystifier et démythifier le président de la République d’une part et, d’autre part, présenter la campagne anti-corruption, en cours, comme une opération d’épuration politique. Une deuxième pour railler le code électoral promulgué par le président de la République et pour se déclarer (quasiment) candidat à la prochaine élection présidentielle.

Et une troisième, adressée au peuple, pour dégager sa responsabilité au sujet des différentes affaires d’acquisition des avions présidentiels. La stratégie Marafa est comme un train sur les rails. Si l’on ajoute à cela, la distribution de tracts (coiffés de la mention Son Excellence) favorables à l’ex ministre d’Etat, à Garoua, Douala et maintenant Yaoundé, dans le quartier bien nommé, Ecole de police, l’on serait tenté d’affirmer qu’en détention préventive, plus qu’au faîte de sa superbe au sein du gouvernement, Marafa Hamidou Yaya parle et fait parler de lui. On frôle le one man show !

Pour un personnage qui refuse de mourir politiquement, mieux qui se sent un destin national, ce n’est nécessairement pas une mauvaise affaire. Sans en rajouter, d’aucuns pensent plus à raison qu’à tort qu’aujourd’hui Marafa est en pointe dans la bataille de l’opinion. D’après des analystes, il ferait, au bas mot, concurrence à Paul Biya en termes d’occupation de l’espace public. En effet, en dehors de la sortie médiatique du chef de la cellule de communication de la présidence de la République, Joseph Le, qui battait notamment en brèche l’idée d’épuration politique accolée à l’Opération épervier, le pouvoir semble groggy face à « l’ouragan Marafa ». Il subit tout au moins cette « déferlante », même si, sur les ondes de certaines radios de proximité et dans les colonnes de certains journaux, quelques boutefeux du Rdpc s’essayent timidement à la repartie.

Ces « actionnettes » des pro-Biya, qui ne s’inscrivent manifestement pas dans une stratégie d’ensemble suffisamment pensée, font, dans une large mesure, l’affaire de Marafa, qui en plus, au plan de la procédure judiciaire marque des points : son transfèrement (avec d’autres prisonniers de luxe) dans une cellule du secrétariat d’Etat à la défense divise dans le sérail. Certains pontes du régime tancent cette démarche qui est en porte-à-faux avec le Code de procédure pénale. « Une telle décision conforterait les tenants de la thèse de l’épuration politique », argumentent-ils.

En imaginant que le pouvoir organisera la « vraie riposte », il est loisible de penser qu’on s’achemine vers une guerre d’usure entre Marafa Hamidou Yaya, qui ne s’arrêtera certainement pas à sa troisième lettre ouverte, et certains artificiers d’un système que l’ancien secrétaire général à la Présidence a l’avantage de bien connaître.

Du reste, Paul Biya, qui aurait très mal perçu l’acquittement partiel de Jean-Marie Atangana Mebara, n’est certainement pas indifférent aux actes de bravade, (certains parlent de bravoure), de son ancien confident. Pourrait-il être tenté d’user de la « violence légitime » (pour reprendre l’expression du sociologue Max Weber) contre son ancien collaborateur ? En tout cas, ses instructions détermineront indubitablement le côté où penchera la balance. Mais la pression change de plus en plus de camp dans cette joute à distance. D’ailleurs, cette saillie signée hier d’un journaliste chevronné à la lecture de la 3e lettre de l’ancien Minatd, « Paul Biya est en train de faire de Marafa le prochain président de la République », est assez évocatrice de l’état actuel de l’opinion depuis le début du show épistolaire de Marafa Hamidou Yaya.

par GEORGES ALAIN BOYOMO ( Mutations)

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